Chapitre 1 : L’opportunité d’une nouvelle étape

Tout commença en un jour de novembre, sous les chaleurs tropicales de Nouméa, où lors d’un retour de pèche à Bouraké, j’appris la "mauvaise" nouvelle. Mon amie brésilienne, Carole, avec qui je devais passer le nouvel an à Porto Alegre, ne pouvait plus m’accueillir, devant partir voyager pour ses études. Emu de cette nouvelle, je me mis à chercher où aller passer les fêtes de fin d’années, préférant partager ce moment avec des amis plutôt que seul perdu au fin fond dune auberge de jeunesse. Mais ou donc aller et qui rencontrer de ce coté du monde? C’était là l’opportunité d’aller faire un séjour avec une petite bande de copains qui a élue domicile au Viet Nam, pas loin d’Ho Chi Min, plus précisément à Mui Ne, un petit paradis pour kite surfeur en manque pendant l’hiver rigoureux de nos latitudes. Ni une ni deux, je mis mon entreprise à l’élaboration du parcours pour rejoindre la troupe.

Chapitre 2 : L’organisation du voyage

Devant dans tous les cas partir sur Tahiti pour 3 semaines, je savais que je devrais revenir à l’ouest pour accomplir cette mission. Qu’y avait-il donc bien aux alentours? Mais c’est bien sur! Les Vanuatu, ce petit pays dont j’avais pu lire une présentation dans un magazine de l’avion qui m’amena de Sydney a Nouméa. Moi qui voulais approcher des volcans, la ceinture de feux du pacifique était un point tout bien nommé! Pour m’y rendre je devrai repasser par Nouméa, prendre l’avion pour m’amener a Port Vila puis une fois mon séjour terminé, je pourrai passer par les Fidji, Hong Kong, Bangkok et enfin Ho Chi Min. J’annule le billet Papeete-Los Angeles, réserve un Papeete-Nouméa, puis Nouméa-Port Vila, Port Vila-Nadi, Nadi-Hong Kong, HongKong-Bangkok, Bangkok-Ho Chi Min. Mon parcours déterminé, il me fallait maintenant penser a comment vivre sur place et aller à la rencontre des volcans.

Mission Vietnam

Ce pays "pauvre" est une destination de luxe pour les touristes en quête de dépaysement et d’immersion dans une autre culture. Faute de temps, mon premier reflex fut de chercher des agences proposant des "tours organisés" sur les volcans pour pouvoir les approcher, voir même, y descendre avec le matériel adéquat. Quelle fut ma surprise lorsqu’on me demanda pas moins de 3800 euros pour même pas 2 petites semaines entre les iles d’Ambrym et Tana… bien au-delà de mon budget et de mon mode de voyage, j’essayais auprès d’une autre agence, un prix plus raisonnable de pas loin de 1000 euros me fut proposé. Toujours au dessus de mon budget, je pris la décision de voir sur place, les habitants des Vanuatu étant réputés pour être un peuple très accueillant. J’envoyais quelques demandes de couchsurfing a Vila pour avoir un pied a terre et obtenir de précieuses informations et voila que Yvan, un Australien installé à Vila, me répondait positivement pour venir dormir chez lui. J’achetais les billets d’avion pour me rendre de Port Vila a Ambrym et de Port Vila a Tana, avec en prime une réduction de 20% car j’arrivais de Nouvelle Calédonie avec Air Vanuatu.

Chapitre 3 : L’arrivée aux Vanuatu

Je quitte Tahiti pour Nouméa, Jacques vient me chercher a l’aéroport, un bon plat de frite plus tard chez la famille Ferrand, et voila Coline, une amie de Marseille, qui m’emmène dans le sud de l’île pour camper le soir. Le lendemain, elle me dépose à l’aéroport et me voila parti pour les Vanuatu!

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Mon arrivée à Port Vila se fait de nuit. Je suis très enrhumé, les oreilles bouchées, je suis dans un monde de coton, étrange sensation, un petit groupe joue de la musique et chante pour nous faire patienter. Yvan vient me chercher à l’aéroport dans son pickup. C’est lui qui le lendemain me mettra en contact avec des jeunes volontaires de Peace Corp, une association qui œuvre sur le terrain afin d’aider les populations locales, de qui je pourrai glaner de précieuses informations. Je pars deux jours plus tard sur Ambrym avec un nom en poche, "Sam"… Je laisse une partie de mes affaires chez Yvan pour alléger au maximum mon sac, limité à 10kg dans l’avion. J’en aurai finalement 14kg, avec un peu de provisions, des petits cadeaux pour les habitants, des affaires en prévision des fortes pluies qui sévissent au volcan, tente, duvet, matelas, coupe vent, hamac, chaussures de marche, trousse de secours, lampe, popote et j’en passe.

DSC09202DSC09224Maison de Jessica et Philippe

Chapitre 4 : Ambrym

Le vol dur une petite heure dans un petit avion a hélice dune quinzaine de places, la porte du poste de pilotage reste ouverte, pratique pour observer les pilotes. L’arrivée se fait au sud ouest de l’île, a Craig Cove sur une piste en herbe assez défoncée. Une petite maison fait office d’aéroport, des familles patientent pour retrouver leur proches et d’autres partent pour Vila. Je me dirige vers le Policier de l’île et lui explique ma démarche, connait il ce fameux Sam? Oui, c’est lui qui s’occupe de "l’aéroport" et il est donc là. Après m’être présenté et lui expliqué ce que je souhaitais, il me propose de passer la nuit dans son petit guest house avant de partir le lendemain en truck pour Lalinda, le village que j’ai repéré comme étant le point de départ pour le volcan.

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La première impression que j’ai lorsque j’arrive chez Sam c’est de tomber au beau milieu de la vie de ces gens qui vivent de la nature et de la forêt et qu’on connait seulement au travers des documentaires télévisé. Pas d’eau courante, pas d’électricité, pas de route mais seulement quelques pistes en plus ou moins bon état et la religion catholique encrée dans toutes les familles. Les enfants sont en vacances, ils jouent et construisent un nouvel enclos pour les cochons. Apres avoir déposé mon sac a dos dans la petite chambre, je les aide à lancer des feuilles de palmiers sur le toit du petit abri communautaire pour parfaire son étanchéité. Helena, la femme de Sam, me sert un lap lap, le bougna des  Vanuatu. Comme dans tous les pays et les endroits les plus reculés que j’ai pu visiter, malgré l’absence d’eau courante et d’électricité, ils ont presque tous un téléphone portable! Les groupes électrogènes ou les panneaux solaires leur permettant de les recharger.

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Je me balade aux alentours et visite le petit hameau de Fali où le chef et son fils m’accueillent à bras ouvert. Ils m’invitent à parcourir les allées qui séparent les maisons et aller à la rencontre des habitants. Je rencontre Sergio qui m’offre mon premier Kava ! Le Kava est une boisson issue d’une racine du même nom. Consommé à forte dose il a des effets relaxant et ressemblant à l’alcool mais aussi, un effet plus ou moins anesthésiant sur les lèvres et la bouche. Son goût est poivré et terreux. Je croise Francis, qui me parle de Jimmy, un très bon guide à Lalinda. Il m’offre à son tour un kava dont je commence à ressentir les effets. Après une bonne nuit de sommeil bercé par le chant des coqs et des cochons (non non, ils ne chantent pas), me voila prêt pour rouler vers Lalinda. Les prix pratiqués pour les transports sont très élevés lorsqu’on les privatise et qu’on est blanc. Personne ne se rendant à Lalinda le lendemain, je dois payer le prix fort, 5000VT (environ 45€) l’aller, je pense sérieusement à la marche pour le retour. Sur la piste, on croise un petit groupe de femmes et d’enfants qui attendent un navire pour se rendre à Vila vendre leur fruits et légumes pour ramener un peu d’argent. Tout ce petit monde vous accueille en souriant et en lançant de grands « bonjour ! », « comment ça va » … La population, selon l’église à laquelle elle fait foi, parle français ou anglais et bien sûr, Bislama, la langue officielle des Vanuatu. La progression est lente est laborieuse tant la piste est défoncée et ravinée. Je traverse plusieurs villages avec à chaque fois les yeux grands ouvert face à cette vie si étrangère qui défile sous mes yeux.

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On arrive une heure plus tard à Lalinda où je dois rencontrer Jimmy, mon guide providentiel. Natif d’Ambrym, il a travaillé en collaboration avec National Geographic et reçoit la visite fréquente de Guy de Saint Cyr, un volcanologue passionné, fondateur de Aventure et Volcans.

Chapitre 5 : Lalinda

Jimmy m’accueille dans son village entouré de sa famille et amis. Je lui explique que je souhaite me rendre au volcan afin d’y passer quelques jours et que je ne suis pas un riche touriste australien. Il m’invite alors à m’assoir dans une petite hutte et m’explique ce qu’il peut me proposer. Etant un voyageur solitaire, il m’offre le gite et le couvert. Je partirai avec un de ces guides expérimenté moyennant la somme de 10000VT pour 3 jours et 2 nuits, couvrant aussi l’accès au volcan de 500VT et la taxe au chef du village de 500VT plus 1000VT pour l’organisation. Reste à ma charge la nourriture pour moi et mon guide. Je me rends alors dans la petite maison qui fait office de petit magasin communautaire où j’achète quelques boites de thon, des crackers, 1kg de riz, du sucre. J’ai pris avec moi des soupes lyophilisées et des barres céréales. Puis Jimmy me présente son fils Alan et Lancy, le fils de Jude, mon guide. Ils m’invitent à me promener aux alentours et me font découvrir les richesses de la nature qui les entoure. Tour à tour ils m’offrent des coco, papayes, petites amendes, mangues, coco germées… Alan excelle dans le tir au lance pierre pour varier les repas avec les chauves souris qui patrouillent au dessus du village. Lancy monte aux arbres comme on monte dans sa voiture. Le village est bordé d’une plage de sable noire et d’une forêt dense et verdoyante. Tout le monde vaque à ses occupations, certains recueillent les fruits de l’arbre à pain, d’autres entretiennent le jardin, tandis que j’installe mon hamac pour faire une sieste afin d’être en forme pour le lendemain et affronter les cinq heures de marche qui m’attendent. Ma petite fièvre d’hier soir disparait et mon rhume est sur le déclin. La nuit venue, le calme s’installe, les poules montent dans les arbres, les cochons se cachent sous les maisons, chacun chez soi, avec son petit feu pour s’éclairer et faire à manger. Alan m’invite à aller boire le kava avec ses amis. J’en boirai quatre et serai quitte pour une bonne ivresse !

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DSC09362DSC09775Kava a LalindaDSC09374DSC09380

Le lendemain matin, il pleut des cordes. La nuit a été très agitée dans ma petite maison où Jimmy m’a installé un petit matelas et où j’ai pu accrocher ma moustiquaire. Le tonnerre a grondé fort et quelques éclairs sont tombés à quelques mètres! Le départ est reculé de quelques heures mais à 9h30, nous voila prêt à partir avec Jude pour monter à la caldera afin d’établir notre campement.

Chapitre 6 : Les volcans d’Ambrym

La marche débute dans la végétation pour rejoindre un petit sentier. Avec les grosses pluies de la nuit dernière, de nombreux torrent débordent et l’on doit ruser pour ne pas tomber dedans et se faire emporter par le courant. Mes chaussures trempées auront raison de mes orteils dans les jours suivants… La marche devient de plus en plus éprouvante, la chaleur et l’humidité augmentant avec le soleil qui revient. On se croirait dans un hamann, Jude utilise son coup’coup pour nous frailler un chemin dans la végétation et les fougères qui nous barrent la route. Etant plus petit que moi, il passe sous les toiles d’araignée qui du coup, sont toutes pour moi ! Heureusement que les plus grosses sont bien visibles et c’est d’un coup sec qu’il les coupe en deux ! Cela m’évitera de douloureuses morsures. Parti du niveau de la mer, on doit rejoindre la pleine des cendres a quelques 800m d’altitude. La dernière partie et la plus dure et la plus raide, mon sac tire sur mes épaules, il faut dire que c’est moi qui porte les provisions, Jude étant parti avec un petit sac à dos et une paire de tong… On peut voir la différence entre nous, les blancs, avec leurs besoins souvent futiles pour nous assurer un minimum de « confort », et eux, qui ont l’habitude de vivre dans la nature et avec la nature, avec rien. Dans la montée finale on aperçoit au loin le volcan! Quatre heures depuis notre départ, nous voila aux portes de la caldera ! Quel spectacle ! Une plaine de cendre noire immense s’ouvre devant nous. Encore quelques centaines de mètres et nous voila rendu dans une zone de végétation où un campement de fortune nous attend. Une bâche fait office d’abris pour cuisiner et une case rudimentaire servira de gîte à Jude. En ce qui me concerne, je plante ma tante sur le sol noir en prenant soin de ne pas me mettre sur le chemin des torrents qui se forment lorsqu’il pleut. L’eau de pluie bouillie nous servira d’eau potable, les pluies acide n’ayant pas eu lieu depuis un certain temps.

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Après une pause casse croûte bien méritée, on part à l’assaut du Benbow, le plus proche des volcans, accessible à 1h du campement. Cela me permet de découvrir la plaine des cendres, érodée par les pluies torrentielles qui s’y abattent. Décors lunaire et surréaliste, de nombreux canyon la parcours en direction de la mer. On monte lentement en suivant une ligne de crête pour atteindre les bords du cratère du Benbow. La vue est splendide et permet de se rendre compte de l’étendue de la plaine. Le lac de lave du volcan n’est pas visible depuis les bords du cratère. Il faudrait y descendre pour l’apercevoir mais nous n’avons pas le matériel adéquat et cette pratique n’est pas autorisée par la coutume à cette éopque. On entend le ressac de la lave et les gaz et la vapeur qui s’en échappe trahie sa présence. Le « snow » ou brouillard s’épaississant, il est temps de redescendre en prenant garde à ne pas glisser, la chute pouvant être fatale. Le coucher de soleil est magnifique, les couleurs sont altérées par les nuages de cendre et de gaz qui s’échappe du volcan. Arrivée au camp, Jude allume un feu malgré l’humidité ambiante et le bois mouillé, on cuisine du riz qu’on agrémentera d’une soupe à l’oignon. La nuit est calme et sèche, je rêve malgré tout que ma tente se fait emporter par les flots…

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Le lendemain matin, de l’eau chaude et du sucre font office de thé et des crackers et barres de céréales nous donne de l’énergie pour la rude journée qui nous attend. Les cheveux de pelé sur ma tente trahissent la présence de lave dans les cratères (ce sont des roches volcanique née d’une gouttelette de lave très fluide qui s’étire en long filament sous l’action du vent). On emmène le casse croûte pour partir à l’assaut du Marum, le plus grand des volcans d’Ambrym, culminant à plus de 1100m de haut, long de 2km pour 1km de large, il se présente comme un gigantesque escalier, comptant quatre terrasses plus ou moins larges séparées par des ressauts infranchissables. C’est là que j’ai l’espoir d’apercevoir pour la première fois de ma vie, de la lave en fusion formant un lac, phénomène très rare et faisant l’objet de toutes les convoitises par les passionnés de volcans On suit la ravine principale de la plaine des cendres pour arriver sur deux anciens cônes ayant donné lieu à des coulées de laves il y a prêt de trentes ans. On passe au dessus d’un petit lac formé par la pluie et c’est avec surprise qu’on observe des empreintes de chats sur la boue. Des chats sauvages vivent dans les hauteurs et chassent les rats qui pullulent sur l’île. En se rapprochant du premier cratère on entend les rugissements des gaz et de la lave quelques dizaines de mètres plus bas. Le cratère étant assez jeune, ses bords sont très instables, mieux vaut ne pas trop s’approcher. Mon cœur bat fort et j’observe avec prudence les fumées qui s’échappent du trou qui me fait face. Direction le deuxième cratère où j’espère bien apercevoir la lave. De loin on peut voir l’air troublée par la chaleur qui se dégage du lac de lave. Le vent souffle dans la bonne direction et nous permet d’approcher les bords sans être dans la fumée et les gaz. Malheureusement, une terrasse nous empêche de voir le lac et j’aperçois simplement la lueur rouge de celle-ci. Le bruit est impressionnant et je prends le temps d’observer les formations géologique qui m’entourent.

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Etant un peu fatigué par la marche et croyant que c’était le dernier cratère, je me résigne à redescendre mais Jude m’indique qu’il reste un cratère à observer. Son approche est des plus sportives et on doit créer notre chemin le long des pentes abruptes du cratère. J’entends le bruit sourd du bouillonnement de la lave et je ne m’attends pas au spectacle qui va se jouer sous mes yeux quelques minutes plus tard. Arrivé au bord du cratère, 200m en contrebas, un lac de lave que j’estime à une bonne cinquantaine de diamètre voir plus, s’offre à nous ! Le bruit est continu, comparable à celui des vagues qui se briseraient sur une jetée, le ressac s’intensifie et diminue de manière régulière. La lave est brassée en permanence par les gaz qui s’en échappe, on a parfois l’impression qu’elle va déborder des bords du lac pour envahir la terrasse qui le surplombe. Des morceaux de celle-ci tombent dans le lac formant un panache de fumée noire. Complètement hypnotisé par le mouvement de la lave, je ne vois pas le temps passer. Nous avons emporté des masques à gaz avec nous, et par prudence, nous les utilisons tant le temps passé sous le vent du cratère commence à nous faire ressentir des inconforts respiratoire. J’immortalise le moment en vidéo et photo puis on grignote un morceau avec de reprendre la marche pour redescendre vers le campement marqué à jamais par ce spectacle de la nature. La marche du retour est périlleuse, sur les bords d’un des cratères, bousculés par les bourrasques de vent et de gaz, on reçoit des petits morceaux de lave sur la tête avant de rejoindre la plaine, plus calme.

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Je suis comblé et j’ai le sentiment d’une mission achevée. Celle de voir un des volcans les plus actifs de la planète dans des conditions d’observation exceptionnelles, entouré de gens formidables. Revenu au camp, Jude se repose et taille dans le tronc d’un arbre, un manche de hache, digne d’un objet d’art avec son simple coup coup et un morceau de verre en guise de papier de verre. Je rêve de lave rouge et de volcan. La descente du lendemain est douloureuse, j’ai de grosses ampoules aux orteils ce qui m’empêche de porter mes chaussures (je n’aimerai pas qu’elles se percent et s’infectent), j’opte donc pour les tongs. Remède pire que le mal, tant la lanière me lacèrera la peau lors de la descente… Rebelote avec les toiles d’araignée, le torrent est maintenant asséché et nous pouvons suivre son cour jusqu’au village que je suis heureux d’atteindre quatre heures plus tard. Jimmy nous attends avec impatience pour connaître le résultat de nos observations. Etonné par la qualité de mes vidéos et photos je lui proposerai de lui envoyer le fruit de mon travail lorsque je rentrerai en France. Je passe une nuit de repos au sein du village, les filles me font des tresses, partage des moments de vie extraordinaires avec tous les enfants et adultes et goute des mets aussi bon qu’inattendus, comme la cuisson du fruit de l’arbre à pain, agrémenté de lait de coco et de thon émietté.
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Chapitre 7 : La marche vers Craig Cove

Après une bonne nuit de repos, comme je l’avais prévu, je décide de retourner sur Craig Cove en marchant pour aller à la rencontre des habitants et économiser de précieux vatu qui me permettront d’assister à une Rom Dance. Après avoir offert quelques cadeaux à mes hôtes (je me suis séparé de quelques tee shirt, d’un aiguisoir à couteau, de briquets, d’une paire de tong, de crayons de couleurs et petits échantillons de parfums) Jimmy m’offre à son tour une somptueuse cane qu’il a sculptée, elle me sera d’une précieuse aide pour mes futures marches. Le temps est beau, la chaleur dure à supporter, les cinq heures de marche qui me séparent de Craig Cove vont être rude ! J’ai toujours mal aux pieds, je décide de marcher pieds nus. Avec 13kg sur le dos, au bout d’une heure, mes talons ne supportent pas, je remets mes tongs, je marche lentement mais surement et arrivé au niveau du village Sesivi, les jeunes rentrés pour les fêtes, m’invitent à boire une eau de coco et manger un bon plat de riz et légumes. Des enfants me suivent pendant une bonne demi-heure, on parle de la famille, du nom de nos parents, de ce que je fais en France… J’arrive fatigué chez Sam mais heureux d’avoir parcouru l’île d’est en ouest en ayant rencontré des gens plus gentils les uns que les autres!

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Après une bonne nuit de repos chez Sam, je pars me perdre au fond de la forêt pour assister à une Rom Dance, danse traditionnel des habitants d’Ambrym, qui finie normalement par le sacrifice d’un cochon et la destruction des costumes pour éviter aux esprits de hanter les danseurs. Les enfants sont effrayés à la vue des danseurs costumés ! Je retourne à Fila me baigner au milieu des enfants en vacances ravis d’essayer mon masque et mon tuba. L’eau est très chaude en surface, une source d’eau chaude n’est pas loin, et les coraux multicolores sont très beau et contrastent avec le sable noir. Je pénètre dans une vieille épave échouée quelques mètres plus loin puis rentre chez Sam pour me diriger tranquillement vers l’aérodrome d’où je prendrais l’avion pour retourner sur Vila et enchainer sur une nouvelle aventure!

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Chapitre 8 : De Ambrym à Tana

Le check in à l’ancienne effectué, je prends le temps de discuter avec les habitants en attendant que l’avion arrive. De nombreuses poules et cochons font parti du voyage. Enfermé dans un sac de toile avec un trou pour pouvoir respirer, ils se demandent bien où ils vont aller. L’avion arrive, la pluie avec, tout le monde s’activent pour charger les bagages, fruits, légumes, coqs, cochons et nous voila parti pour Vila. Arrivé sur le tarmac, on vient me chercher pour monter directement dans l’avion qui m’amène à Tana. Il s’agit d’un twin oter, le plus petit avion que j’aurai pris. Une petite dizaine de place, deux moteurs à hélice et nous voila décollé pour Tana qu’on rejoint une petite heure plus tard. Je devais rencontrer Thomas à l’aéroport, un contact sur Vila. Il devait me donner des infos sur Tana et notamment des noms qu’il connait là bas, mais avec une heure d’avance, on s’est loupé.
Une fois posé et mon sac récupéré, je me dirige vers ces deux jeunes que j’avais repéré dans l’avion, l’un d’entre eux, le look bad boy avec ses lunettes noires, écouteurs sur les oreilles, sweet shirt à tête de mort et tatouages me réponds quand je lui demande comment me rendre à l’est de l’île où se situe le volcan. Il habite au pied du volcan! Lui et son frère Tom se rende dans leur famille pour les fêtes de fin d’années et pour voir les enfants. Ils m’invitent donc à les suivre et ils m’accueilleront dans leur village! Quelle chance! Pour 200VT on se rend en bus collectif à Lenakel, le village à coté de l’aéroport. On y patientera quelques heures avant de trouver un truck et de réunir assez de personnes pour le remplir afin de se rendre de l’autre coté de l’île. On monte dans la benne du pickup pour grimper au sommet de l’île où le brouillard nous bouche la vue. Tana est beaucoup plus développé qu’Ambrym. Plus touristique aussi et c’est avec grand plaisir que j’ai accepté l’invitation d’Eric et Tom. Moi qui croyais passer trois jours de repos dans un petit lodge (forcément assez cher) au pied du volcan, je ne serai pas dessus du voyage! Tout le monde se rend à Tana pour monter au volcan Yasur et observer l’activité strombolienne de celui-ci. A la différence d’Ambrym, le Yasur explose très régulièrement, une fois toutes les cinq minutes peut être… Sans doute l’un des plus accessible au monde, il permet l’observation sans risque (du coté touristique…) de jets de lave et d’explosions, de jour comme de nuit.

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Chapitre 9 : John Prom village

La piste qui nous mène au volcan est bien entretenue, il vaut mieux car après les pluies torrentielles, la boue les rend impraticables et impossibles à monter, même en 4*4 (il n’y a que des 4*4 sur l’île). Eric s’arrête pour acheter du kava au pied d’un des plus grand bagnan que je n’ai jamais vu ! Puis après 45min, on arrive à la lisière de la plaine des cendres avec le Yasur qui trône au milieu. Quel spectacle! Formant un cône très bien dessiné, un grand panache de fumée blanche s’échappe de son cratère principal. Lorsqu’une explosion survient, de larges panaches de fumée noire se mélangent à la vapeur blanche. Un lac était présent dans la plaine jusqu’à ce que des pluies exceptionnelle le fasse déborder jusqu’à le faire disparaître dans la mer faute de retenue suffisante. On arrive dans le village d’Eric et Tom qui se trouve littéralement au pied du volcan, du coté arboré de celui-ci. Eric me présente au « young chief » du village puis au « old chief ».

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Chapitre 10 : Le kava de Tana et la nuit au village

Pendant que les parents d’Eric installe un petit matelas pour moi dans une petite case, Tom m’invite a descendre au lamakalal pour boire le kava. Au Vanuatu, le kava est toujours fait dans des lieux spécifiques, appelé lamakalal. Un carré formé par des bambous désigne l’endroit où les racines vont être broyées, soit mécaniquement, avec un pilon ou un hachoir à viande, soit humainement, à la bouche, mâché et recraché, comme c’est le cas ici, à Tana. Tom, gentil garçon, va donc être celui qui va mâcher mon kava! J’étais bien loin d’imaginer quelques heures plus tôt que j’allais boire le fruit de son travail de mastication… Les racines du kava sont coupées puis mâcher jusqu’à former un bon tas sur une feuille. Ce tas est ensuite déposé dans un tissu tenu par deux hommes (les femmes n’ont pas le droit de boire le kava) puis essoré avec de l’eau jusqu’à remplir un « shell », moitié de noix de coco qui sert de verre. Le volume correspond à une bonne pinte de bière qu’il faut boire d’un coup. Ca va être dur! Je me lance, le goût est très vert et poivré, moins terreux qu’à Ambrym. Dernière gorgée, arrrrrrrhhhh, définitivement pas ma boisson préféré. Ce sera le seul de la soirée. Les parents de Tom m’ont fait à manger, du poulet, riz, légume, kasava (beignet de magnoc). Je m’installe dans ma hutte pour la y passer la nuit, je fixe ma moustiquaire au toit fait de feuille de palmiers, je suis au milieu des sacs de ciment entreposé au fond. La nuit, d’étranges sons me réveillent. Je dors juste au dessus d’une famille de cochons qui a élu domicile sous les pilotis de la hutte pour se protéger de la pluie… Je les sens même se lever, touchant le plancher avec leur dos… A plusieurs reprises, ils se battent, me gratifiant d’un concert de ruiiiiiiiiiiiiii ruiiiii ruiiiiiiiiiiiiiiii… la nuit est longue, au petit matin, c’est un peu plus calme et je peu continuer ma « grasse mat » jusqu’à 8h !

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Chapitre 11 : Le volcan Yasur

Tout le monde s’active à partir de 6h du matin, le jour se levant vers 5h… Tom m’accompagne en bord de mer, en contrebas du village pour trouver les sources d’eau chaude afin de m’y laver un peu. On marche dans le torrent qui vient de la plaine des cendres et lorsqu’on y enfonce un peu les pieds, on peut sentir l’eau chaude du volcan. La mer est agitée, le vent souffle et l’eau chaude est parfaite pour se laver! On remonte au village, et une bonne sieste plus tard pour laisser passer les gros nuages, je rejoins Tom dans une petite case où il regarde un film sur un petit lecteur de dvd portable alimenté par un panneau solaire. Ils sont en admiration devant les effets et danses de ce film américains qui les fait « rêver ». Une fois terminé, il est tant de partir pour le volcan. 45min pour rejoindre le sommet. On suit la piste pour partir du village puis arriver sur la plaine des cendres et on monte tout droit jusqu’au sommet, 300m plus haut. C’est raide, très raide. Un enfant du village nous accompagne, les esprits lui parlent et il vient pour parler au volcan. L’arrivée au sommet est excitante tant la montée nous a offerte un spectacle de son et fumée qui me donne envie d’en voir plus.

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A chaque explosion on sent le sol tremblé sous ses pieds et on voit un gros panache noir. Le cratère est divisé en deux. Les bords sont bien établis et le risque d’éboulement n’est pas très grand. Ici, il s’agit plus du ciel qu’il faut se méfier. Lors des grosses explosions, la lave est projetée en l’air et peu sortir de l’enceinte du cratère. Heureusement pour nous, l’activité est assez faible en ce moment et la plupart des « bombes » tombent à quelques dizaines de mètres de nous, mais mieux vaut se méfier. On avance sur le bord du cratère jusqu’à apercevoir un trou d’où jaillit de la lave projeté par les gaz. Le bruit ressemble au tonnerre en plus fort et sourd. On imagine de grandes chambres remplies de lave sous le cratère dans lesquelles la pression augmente jusqu’à l’explosion. L’une d’entre elle, plus grosse que les autres nous surprend et c’est avec prudence et sagesse qu’on s’éloigne pour éviter de se faire pilonner. J’en ai l’estomac tout retourné à tel point que je commence à avoir des crampes. L’enfant qui a parlé au volcan a demandé que la vue se dégage, et effectivement, la vapeur et les nuages se sont dissipés pour nous laisser admirer le spectacle. La descente est bien plus rapide et divertissante que la montée! On peut glisser tel des snowboardeur sur les cendres qui se dérobent sous nos pieds.

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Rentré au village, je suis pris d’une grosse diarrhée et de sévères crampes d’estomac. Le passage aux « toilettes » (un trou dans une pièce de béton dans une petite case) est une épreuve et je n’ai pas de papier… Les feuilles de caféier feront l’affaire… Je me couche sans manger et me couvre tant j’ai des frissons. Tee shirt, chaussette, serviette, duvet, j’ai froid et me pli en deux pour limiter la douleur… La nuit va être encore plus longue que la précédente. Nos réflex d’européen et de pays aseptisé me fait penser au pire et à une maladie inconnue… je lutte contre ses pensées négatives et quelques heures plus tard, la douleur et la fièvre disparaissent aussi vite qu’elles étaient apparues ! Ouf ! Je devais rester un jour de plus pour partir vendredi sur Vila et prendre mon avion pour les Fidji samedi, mais étant donné mon état et pour assurer le coup (on ne s’est jamais avec les transports et les conditions météo ici) je préfère rentrer sur Lenakel jeudi pour être sûr d’être à Vila samedi. Eric trouve un truck qui ne viendra jamais, je pars donc à pied sur la plaine des cendres pour gagner un peu de temps afin d’essayer d’attraper l’avion du jour. Tom est parti en vélo pour trouver un autre truck, une heure plus tard, en voila un! Eric m’accompagne et j’avais vu juste, les pluies torrentielles ayant rendu pas mal d’endroit impraticables, partir aujourd’hui était plus sage. Je n’aurai donc pas eu le temps de monter au volcan la nuit, mais ça me donnera une raison de plus pour revenir! Arrivé à l’aéroport, je dis au revoir a Eric et lui donne 2000VT pour aider la communauté à acheter une vache pour noël puis je monte dans l’ATR qui m’emmène à Vila et j’en oublie ma cane! Heureusement, à l’arrivée, une hôtesse me la tend, quelqu’un l’avait récupéré.

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Chapitre 12 : Bye bye les Vanuatu

Rentrant un jour plus tôt, Yvan n’est pas là, et je contacte une couchsurfeuse qui m’avait dit que je pouvais venir chez elle au cas ou. Je me rends au marché de Vila où je passe dire bonjour à Ester chez qui j’avais mangé deux semaines plus tôt. Je lui raconte mon périple et j’achète des fruits pour le soir. Jessica et Philippe viennent me chercher ainsi qu’une autre couchsurfeur qui arrive de Nouvelle Calédonie en bateau. On s’arrête à un lamakalal pour boire, un kava pour moi, plusieurs pour eux et on arrive chez ce petit couple de français où je peu enfin manger un plat normal en l’occurrence des pates, et prendre une douche! Le canapé me parait un luxe après mon matelas sur les cochons et c’est avec sourire que je repense à ces deux semaines et je suis soulager de les avoir traversé sans grosses embuches et surtout, en ayant réussit ma mission tout en respectant mon budget, découvrir les volcans des Vanuatu! Cerise sur le gâteau, j’ai rencontré la plus accueillante des populations depuis mon départ et pour sur, je reviendrai les voir dans quelques années. En attendant, je leur enverrai les photos et films de mon voyage qu’ils attendent avec impatience!

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